L'année exacte de la naissance de François-Marie-Paul Libermann, Jacob, d'après les registres de l'état civil, fut longtemps ignorée. En 1852, la lettre de faire-part de la mort du serviteur de Dieu porte qu'il est décédé dans sa 49ᵉ année, d'où il résulte qu'il aurait atteint l'âge de 49 ans le 12 avril suivant et qu'il serait né en 1803.
En 1867, quand on commença à s'occuper de sa Cause de Béatification, on obtint de la mairie de Saverne le document qui suit :
MAIRIE DE SAVERNE, BAS-RHIN.
Bulletin de naissance.
Il résulte des registres de l'état civil de la ville de Saverne que le sieur Jacob Libermann, fils légitime de Lazare Libermann et de Léa Haller, est né en cette commune le vingt-deux germinal, an douze.
Délivré sur papier libre à titre de renseignement administratif.
Saverne, le 12 décembre 1867.
L. S. Le Maire : DE LATOUCHE.
Le 22 germinal an 12 correspond dans le calendrier grégorien au 12 avril 1804.
L'erreur fut reconnue en 1903 et relevée en ces termes dans le Bulletin mensuel nº 196, juin 1903 :
« Suivant tous les renseignements que l'on avait eus jusqu'ici, on croyait que le Vénérable Père était né le 22 Germinal an XII (12 avril 1804), et que le centième anniversaire de sa naissance allait, par conséquent, revenir l'an prochain. C'est la date que donnent l'ouvrage du cardinal Pitra et les autres vies du serviteur de Dieu, conformément au Bulletin délivré par la mairie de Saverne, le 12 décembre 1867, d'après les registres de l'état civil.
« Cependant, nos Pères de Saverne, s'étaient préoccupés de rechercher dans les archives de la ville l'original de son acte de naissance ; et après deux jours de longues et patientes recherches, le P. Aloyse Walter ? a fini par le retrouver. Or, il en résulte que le Vénérable Père est né, non pas en l'an XII, mais le 22 germinal an X, c'est-à-dire le 12 avril 1802. Voici la copie littérale de cet acte.
Acte de naissance.
MAIRIE DE SAVERNE.
Arrondissement communal de Saverne, du vingt-deux germinal an dix de la République française.
Acte de naissance de Jagel, né aujourd'hui à neuf heures du matin, fils de Libermann Samson, commerçant, et de Hündel Jacob conjoins (sic) domiciliés en cette ville.
Premier témoin : Hertzel Léon, âgé de quarante-deux ans ; second témoin Jones Salomon, âgé de trente-six ans, tous les deux commerceants (sic) et domiciliés à Saverne.
Sur la réquisition à moi faite par ledit Libermann Samson, père de l'enfant.
Constaté suivant la loi, par moi Claude-Pierre Monet, maire de Saverne, faisant les fonctions d'officier public de l'état civil et ont le père et lesdits témoins signé avec moi.
Suivent les signatures.
Pour copie conforme : Saverne, le 25 mars 1903.
« L'exactitude de cette date se trouve confirmée par le tableau de recensement de 1822, comprenant la liste de tous les jeunes gens de Saverne nés en 1802. On y lit en effet : 31. Libermann Jacob, né à Saverne, 12 avril 1802. Habite avec ses parents. Profession aucune. Profession du père, Rabbin ?.
« Le P. Walter nous a envoyé une autre pièce importante, qui donne la cause de l'erreur, avec la clef des changements faits en quelques-uns des noms portés à l'acte de naissance. Un décret impérial du 8 avril 1808, rendu à la suite d'une réunion du grand Sanhédrin convoqué à Paris l'année précédente, obligeait tous les Juifs à prendre des noms patronymiques et des prénoms définitifs. Ils pouvaient garder ceux qu'ils avaient ou en choisir d'autres. Or, voici la déclaration que fit alors le rabbin Libermann :
« Par devant nous, maire de la commune de Saverne, département du Bas-Rhin, s'est présenté Libermann Samson, Juif, domicilié en cette commune, qui a déclaré prendre le nom de Libermann pour nom de famille, pour prénom celui de Lazar (sic). Il a en outre déclaré donner à ses enfants mineurs procréés avec Hindel Jacob, son épouse, qui veut prendre le nom de Haller pour nom de famille, pour prénom celui de Léa, savoir :
À Samson, son fils, né en cette commune, le 9 octobre 1790, le nom de Libermann pour nom de famille et pour prénom celui de Samson ;
À David, son fils, né aussi en cette commune, le 5 mai 1794, le même nom de Libermann pour nom de famille et pour prénom celui de David ;
À Hénoch, son troisième fils, né de même en cette commune, le 25 thermidor an quatre, ledit nom de Libermann pour nom de famille et pour prénom celui de Hénoch ;
À son quatrième fils Falick, né aussi en cette commune, le 7 vendémiaire an sept, le même nom de Libermann pour nom de famille et pour prénom celui de Félix ;
À Jacob, son cinquième fils, né aussi en cette commune, le 22 germinal an douze (12 avril 1804), ledit nom de Libermann et pour prénom celui de Jacob ? ;
À Nathanaël, son sixième fils, né le 15 pluviôse an treize, le même nom de Libermann pour nom de famille et celui de Nathanaël pour prénom ;
Et enfin à Ester, sa fille, née aussi en cette commune, le 31 mars 1807, ledit nom de Libermann pour nom de famille et pour prénom celui d'Ester ;
Et a signé avec nous le 23 octobre 1808.
L. LIBERMANN, THIÉBAUT.
« On voit que, dans cette déclaration, Jacob Libermann est porté comme étant né en l'an XII (1804). De là, sans doute, l'erreur qui s'était perpétuée jusqu'ici.
« La comparaison de l'acte de naissance avec cette déclaration donne lieu ensuite à plusieurs observations que signalent nos Pères de Saverne :
MAISON NATALE DU VÉNÉRABLE PÈRE
Le Bulletin mensuel, nº 168, février 1901, contient cette note :
« L'acquisition de la maison natale de notre Vénérable Père, à Saverne, était depuis de longues années de notre part l'objet de pieux et légitimes désirs. La Providence a permis qu'ils aient pu enfin se réaliser. Cette maison, la synagogue qui y est attenante et quelques autres immeubles étaient la propriété de la communauté juive de Saverne. Or, au commencement de l'année dernière, le R. P. Acker apprit par les journaux que le Judenhaus était à vendre, et il en informa aussitôt la Maison-Mère. Mais, pour rien au monde, les Juifs n'auraient voulu la céder aux Pères du Saint-Esprit. D'heureuses combinaisons, favorisées par l'obligeant appui de deux confrères que nous pouvons nommer, le R. P. Acker et le P. Étienne Baur, sans parler d'un habitant de Saverne, M. Merklin, nous ont permis de nous en assurer la propriété : l'acte de vente définitif a été signé le 16 octobre 1900. Il a fallu cependant accepter la condition que, pendant trente ans, il n'y aurait dans la synagogue et les maisons avoisinantes, ni chapelle, ni lieu de réunion religieuse.
La synagogue avait servi au culte israélite jusqu'en avril 1900. L'usage d'une autre partie du Judenhaus a été assuré à la Congrégation en 1920.