I. Sur le rabbin de Saverne, père du Vénérable Libermann, nous citons une lettre du P. Jean Bosch, né à Steinbourg, près Saverne, en 1844, entré dans la Congrégation à Cellule, en 1862, et décédé le 8 octobre 1893.
La voix unanime de tous les Savernois juifs, catholiques et protestants, atteste que le rabbin Libermann était un homme droit, honnête et surtout plein d'une charité tout à fait chrétienne. On m'a montré, dans la maison qu'il habitait, la chambre qui était destinée à recevoir, jour et nuit, les indigents frappant à sa porte. Il les entretenait à ses propres frais sans jamais rebuter personne. Le rabbin Libermann était aussi très estimé pour sa science. Tous ses coreligionnaires, à quatre lieues à la ronde, affirment avec une certaine affectation que la synagogue n'a jamais trouvé parmi ses ministres son pareil pour le savoir. À les en croire, ses connaissances étaient très développées. Aussi tous ceux qui l'ont connu, lui portent encore aujourd'hui un amour inaltérable. Le Juif entre les bras duquel le rabbin Libermann a rendu l'âme, m'a assuré qu'il était recommandable sous tous les rapports.
Dieu avait donné plusieurs enfants au rabbin Libermann. L'aîné a étudié la médecine ; le second était tailleur ; un autre musicien : il est mort à Paris ; le suivant était notre Vénérable Père, c'était l'enfant le plus aimé de son père (je le tiens d'un Juif de son âge), le cinquième était cordonnier : il est mort à Paris ?. Les basses professions qu'ont embrassées les trois fils du rabbin Libermann ne doivent point nous étonner, car il était très pauvre : il ne vivait que de ce que la synagogue de Saverne lui rapportait, le gouvernement ne rétribuait pas encore alors les rabbins. Sara ?, sœur de notre Vénérable Père, fut mariée, malgré son père, à un nommé Libmann, qui avait étudié avec notre Vénérable Père, à Metz et était, jusqu'à la conversion de notre saint Fondateur, son ami le plus intime, et c'est pourquoi il eut Sara pour épouse.
Ce même Libmann, qui briguait une place de rabbin, y a renoncé à la conversion de notre Vénérable Père pour se faire instituteur judaïque. Il vit encore aujourd'hui et réside encore à Saverne. Il avait deux enfants de Sara : un garçon et une fille. Ces deux enfants sont mariés en Amérique et envoient de grandes sommes d'argent à leur vieux père.
Le curé de Saverne, c'est celui-là même qui a reçu notre Vénérable Père comme sous-diacre à son passage à Saverne. Ce bon curé m'a assuré que notre Vénérable Père a eu, en outre, une autre sœur qui, persécutée par les Juifs de Saverne pour son attachement à la religion catholique, est allée recevoir l'eau régénératrice du baptême à Lyon, pour monter de là au Ciel sous l'égide de Notre-Dame de Fourvière.
Ce même curé et quelques Juifs m'ont affirmé que notre Vénérable Père, à un de ses voyages à Saverne, a failli mourir sous une grêle de pierres. Les Juifs lui criaient haut : « L'apostat ».
Après la mort de Léa-Suzanne Haller, mère de notre Vénérable Père, le rabbin Libermann a convolé à de secondes noces dont il eut deux enfants, un fils et une fille. Le fils est en ce moment rabbin à Nancy, la fille est mariée à un marchand juif en Alsace...
II. Des démarches furent faites dès 1852 pour obtenir les renseignements utiles sur la famille du Vénérable Père ; elles furent renouvelées en 1871, en 1878, etc. Voici, à ce sujet, quelques extraits de la correspondance alors échangée entre la Maison-Mère et diverses personnes :