Lettre de M. Gouyet

1 Jan 1885
Lettre de M. Gouyet

MON RÉVÉREND ET BIEN CHER PÈRE,

Je vais essayer de résumer ici les renseignements que vous pourriez chercher à recueillir sur notre Vénérable Père.

1º On désirerait d'abord des renseignements sur ses ancêtres. Tout ce qu'on sait, c'est que son père est né à Lingolsheim, près Strasbourg et sa mère Léa Haller à Strasbourg même. Il doit y avoir là-dessus quelque tradition de famille, mais chez les membres juifs seulement sans doute. Le P. Xavier Libermann ne sait rien.

Les membres juifs sont 1º à Saverne, M. Libmann, clerc d'avoué, veuf d'Esther Libermann, sœur de notre Vénérable Père, par suite M. Libmann était son beau-frère. 

Pour ne pas y revenir, j'indique tout de suite les autres renseignements que pourrait donner M. Libmann, si toutefois il n'est pas fatigué de nos poursuites. M. Libmann aurait été à Metz le compagnon d'études et l'ami intime de notre Vénérable Père, par suite de quoi il aurait épousé Esther. 

Pour faciliter ce mariage, notre Vénérable Père lui aurait souscrit un billet de 150 francs, qu'il n'aurait pas payé, et que M. Libmann aurait encore. Ce fait est bien suspect, mais avoir ce billet et les lettres échangées, s'il y en a, serait une bonne chose. 

D'après M. Libmann, notre Vénérable Père aurait fait de brillantes études, mais il serait plus important de savoir quelles étaient les personnes qu'il fréquentait, celles qui existent encore du moins. 

M. Libmann aurait vu notre Vénérable Père commettre deux ans avant sa conversion une faute grave contre les lois fondamentales du judaïsme ; quelle est cette faute, c'est à savoir. 

Il devrait dire facilement aussi les traits du zèle judaïque qu'il a remarqué en lui, ce serait à recueillir. 

Les membres juifs sont : 2º Sara, du second lit, mariée à Lauterbourg. Quel est son mari ? Qu'est-elle devenue elle-même, nous l'ignorons. C'est celle que le Vénérable Père a essayé de convertir.

Les membres juifs sont : 3º M. Libermann, grand rabbin à Nancy, rue de l'Équitation.

C'est lui qui raconte l'affaire du billet de 150 francs non payé. Il a lui-même reçu du Vénérable Père au moins une lettre d'affaires, lors des arrangements de famille. S'il l'avait encore, il serait intéressant de l'avoir, mais ce ne serait pas facile sans doute. Il a même peut-être les lettres écrites par notre Vénérable Père à son père pour le convertir : voilà ce qu'il faudrait avoir.

Mais M. le curé de Saverne a assuré au P. Bosch qu'une autre sœur de notre Vénérable Père, autre que Esther et Sara, serait allée à Lyon, se serait faite baptiser et serait morte catholique.

Quelle est cette sœur ? En quelle année est-elle partie et morte ? Ce serait aussi à savoir.

Voilà les membres de la famille, si vous pouviez les voir, qui pourraient le plus probablement donner des renseignements sur les ancêtres ; mais il peut y avoir des oncles, des tantes : nous n'en connaissons point.

Le P. Bosch disait, il y a quelques années, qu'il y avait encore à Saverne beaucoup de vieux Juifs qui avaient bien connu notre Vénérable Père. Tâcher de les voir, prendre des noms et adresses.

Tout cela, comme vous voyez, mon Révérend Père, n'est dit que pour vous indiquer les moyens d'avoir des renseignements sur la famille. Il s'y est bien mêlé quelque autre chose, mais ce n'est qu'accidentellement. C'est donc mon premier point...